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Ce qui se cache  derrière  cette reliure

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https://memo-roanne.fr/ark:/12345/DKLs107 Ce qui se cache derrière cette reliure entry 2018-12-12 16:54:15.0 <p></p><p style="text-align:justify"><span style="color:#660033"><em>&laquo; L&rsquo;art est subjectif, c&rsquo;est entendu, mais une subjectivit&eacute; contr&ocirc;l&eacute;e et qui s&rsquo;appuie sur une mati&egrave;re premi&egrave;re objective &raquo; disait Fernand L&eacute;ger.</em></span></p><p style="text-align:justify"><span style="color:#660033"><em>En reliure, la mati&egrave;re premi&egrave;re objective est le livre, la subjectivit&eacute; contr&ocirc;l&eacute;e &eacute;tant l&rsquo;interpr&eacute;tation, la r&eacute;alisation technique et l&rsquo;expression cr&eacute;atrice qu&rsquo;en fait le relieur.</em></span></p><div class="btgrid"><div class="row row-1"><div class="col col-md-6"><div class="content"><p><a href="http://www.memo-roanne.fr/notice.php?q=typedoc%3A%28a%29&amp;start=51&amp;rows=1&amp;sort=score%20desc&amp;from=resultat&amp;sort_define=score&amp;sort_order=1&amp;rows=9" target="_blank"><img alt="" src="/img/upload/images/Texte.jpg" style="height:319px; margin-bottom:40px; margin-top:40px; width:600px" /></a></p></div></div><div class="col col-md-6"><div class="content"><h3 style="text-align:justify"><span style="color:#660033"><em>La mati&egrave;re premi&egrave;re objective</em></span></h3><p style="text-align:justify"></p><p style="text-align:justify"><strong><u><em><a href="https://youtu.be/12jg2sov3Tk" target="_blank">Le Corbeau</a></em></u> </strong>est un po&egrave;me d&rsquo;<u><strong><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Edgar_Allan_Poe" target="_blank">Edgar Allan Poe</a></strong></u> (1809-1849), paru en 1845.</p><p style="text-align:justify">L&rsquo;amour du narrateur, L&eacute;nore, est morte. Par une sombre nuit d&rsquo;hiver, il est r&eacute;veill&eacute; par des bruits &agrave; sa porte puis &agrave; son volet. En proie &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;motions, la tristesse, la peur, l&rsquo;angoisse, il ouvre finalement la fen&ecirc;tre, laissant entrer un lugubre corbeau. Le narrateur l&rsquo;associe un temps &agrave; un ange mais &agrave; chaque question qu&rsquo;il lui pose sur L&eacute;nore, l&rsquo;animal r&eacute;pond &laquo; Jamais plus &raquo;. Il doit alors se r&eacute;signer &agrave; l&rsquo;augure du corbeau, l&rsquo;emprisonnement de son &acirc;me dans le souvenir, un &eacute;ternel et implacable sacerdoce.</p><p style="text-align:justify">La pr&eacute;sente &eacute;dition est publi&eacute;e en 1995 par l&rsquo;artiste <a href="https://data.bnf.fr/11892712/rene_bonargent/" target="_blank">Ren&eacute; Bonargent</a> (1933-2009). Elle est orn&eacute;e de cinq illustrations par lesquelles l&rsquo;artiste &laquo; <em>essaye de traduire la douleur de l&#39;amant de la morte en d&eacute;coupant les six lettres composant le pr&eacute;nom de celle-ci. Lettre apr&egrave;s lettre, LENORE dispara&icirc;t in&eacute;luctablement et, les encarts noirs, par leur r&eacute;p&eacute;tition fun&egrave;bre, rythment le livre comme autant d&#39;&eacute;chos endeuill&eacute;s aux &quot;jamais plus !&quot; du d&eacute;solant volatil &raquo;.</em></p><p style="text-align:justify">Cet exemplaire imprim&eacute; sur papier v&eacute;lin porte le num&eacute;ro 112 sur un tirage de 125. Il mesure 17 x 17 cm pour une &eacute;paisseur de 2 cm.</p></div></div></div></div><div class="btgrid"><div class="row row-1"><div class="col col-md-6"><div class="content"><h3><em><span style="color:#660033">La subjectivit&eacute; contr&ocirc;l&eacute;e</span></em></h3><p></p><p style="text-align:justify">Pour cet ouvrage aux illustrations et &agrave; la mise en pages modernes, le relieur <u><strong><a href="http://www.lagrandeturbine.fr/" target="_blank">Isabelle Rollet</a></strong></u> a fait le choix d&rsquo;utiliser une technique de <strong>reliure contemporaine</strong> nomm&eacute;e <em>reliure &agrave; mors ouvert</em>.</p><p>Ce montage, inspir&eacute; d&rsquo;un proc&eacute;d&eacute; de la Renaissance, pr&eacute;sente un aspect physique qui ne ressemble en rien &agrave; une reliure traditionnelle. Les rubans en tissu, habituellement cach&eacute;s sous la peau qui recouvre la couverture sur sa globalit&eacute;, sont ici en cuir et passent sur la couverture prenant ainsi pleinement part au d&eacute;cor. D&rsquo;autre part le dos du livre n&rsquo;&eacute;tant pas arrondi, les mors (angles dans lesquels viennent se loger les cartons) sont inexistants laissant place &agrave; un espace vide entre le dos et les plats de la couverture.</p><p style="text-align:justify">Trois finitions sont possibles pour la r&eacute;alisation d&rsquo;une reliure &agrave; mors ouvert. Celle ex&eacute;cut&eacute;e ici est la plus <strong>luxueuse</strong> ; une peau recouvre la page de garde recto, entoure le dos afin d&#39;en cacher les cahiers&nbsp;puis vient recouvrir la page de garde verso.</p><p style="text-align:justify">Deux peaux de buffles Oregon pos&eacute;es bord &agrave; bord se partagent les plats ainsi que les contre gardes &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du livre.</p></div></div><div class="col col-md-6"><div class="content"><p></p><p><a href="http://www.memo-roanne.fr/notice.php?q=typedoc%3A%28a%29&amp;start=51&amp;rows=1&amp;sort=score%20desc&amp;from=resultat&amp;sort_define=score&amp;sort_order=1&amp;rows=9" target="_blank"><img alt="" src="/img/upload/images/Isabelle%20Rollet%20Reliure%20Le%20corbeau.png" style="height:299px; margin-bottom:20px; margin-top:20px; width:600px" /></a></p></div></div></div></div><div class="btgrid"><div class="row row-1"><div class="col col-md-6"><div class="content"><p><a href="http://www.memo-roanne.fr/notice.php?q=typedoc%3A%28a%29&amp;start=51&amp;rows=1&amp;sort=score%20desc&amp;from=resultat&amp;sort_define=score&amp;sort_order=1&amp;rows=9" target="_blank"><img alt="" src="/img/upload/images/Isabelle%20Rollet%20Reliure%20Le%20corbeau-d%C3%A9tail.jpg" style="height:479px; margin-bottom:20px; margin-top:20px; width:600px" /></a></p></div></div><div class="col col-md-6"><div class="content"><p style="text-align:justify"></p><p style="text-align:justify">Le <strong>d&eacute;cor</strong> m&ecirc;le deux techniques. La premi&egrave;re, celle de la <strong>mosa&iuml;que</strong>, est utilis&eacute;e en reliure &agrave; partir du XX<sup>e</sup> si&egrave;cle. Elle consiste &agrave; apposer sur la couverture une fine couche de cuir pour cr&eacute;er un motif d&eacute;coratif. La seconde est le <strong>transfert</strong> d&rsquo;une image sur le cuir &agrave; l&rsquo;aide d&rsquo;une solution chimique.</p><p style="text-align:justify">L&rsquo;<strong>organisation</strong> du d&eacute;cor, que les plats soient ferm&eacute;s ou ouverts pour former un tout, est une sym&eacute;trie bancale sugg&eacute;rant la mise en d&eacute;s&eacute;quilibre, l&rsquo;intranquillit&eacute;.</p><p style="text-align:justify">La <strong>composition</strong> s&rsquo;organise autour d&rsquo;une cible symbolisant autant la mise en joue du narrateur par son destin auquel il ne peut se soustraire que ses souvenirs macabres devenant son unique ligne de mire. La cible para&icirc;t en mouvement tel un radar qui veille ou une horloge indiquant le temps qui passe. Enfin l&rsquo;angoisse d&rsquo;oppression ressentie par le narrateur est &eacute;voqu&eacute;e par les deux bandes noires lat&eacute;rales se resserrant &agrave; la fa&ccedil;on des m&acirc;choires d&rsquo;un &eacute;tau.</p><p style="text-align:justify">La citation de Fernand L&eacute;ger prend, au sujet de cette reliure, toute sa signification. Elle permet d&rsquo;affirmer que plus qu&rsquo;un artisanat, la reliure est bien un art dont la subjectivit&eacute; contr&ocirc;l&eacute;e par le cr&eacute;ateur s&rsquo;adresse &agrave; la subjectivit&eacute; du lecteur.</p><p style="text-align:justify">Cette r&eacute;alisation fut pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; l&#39;exposition du <em>X<sup>e</sup> Forum International de la Reliure d&#39;Art</em> &agrave; la biblioth&egrave;que Biekorf de Bruges en Belgique du 26 mai au 7 juillet 2011 puis &agrave; l&rsquo;exposition <em>Reliures XV<sup>e</sup>-XXI<sup>e</sup> si&egrave;cle</em> &agrave; la M&eacute;diath&egrave;que de Roanne du 20 septembre au 29 novembre 2014.</p></div></div></div></div><p></p> français

Ce qui se cache derrière cette reliure

Date : 2018-12-12 16:54:15.0 Type de document : Illustration Résumé :

« L’art est subjectif, c’est entendu, mais une subjectivité contrôlée et qui s’appuie sur une matière première objective » disait Fernand Léger.

En reliure, la matière première objective est le livre, la subjectivité contrôlée étant l’interprétation, la réalisation technique et l’expression créatrice qu’en fait le relieur.

La matière première objective

Le Corbeau est un poème d’Edgar Allan Poe (1809-1849), paru en 1845.

L’amour du narrateur, Lénore, est morte. Par une sombre nuit d’hiver, il est réveillé par des bruits à sa porte puis à son volet. En proie à différentes émotions, la tristesse, la peur, l’angoisse, il ouvre finalement la fenêtre, laissant entrer un lugubre corbeau. Le narrateur l’associe un temps à un ange mais à chaque question qu’il lui pose sur Lénore, l’animal répond « Jamais plus ». Il doit alors se résigner à l’augure du corbeau, l’emprisonnement de son âme dans le souvenir, un éternel et implacable sacerdoce.

La présente édition est publiée en 1995 par l’artiste René Bonargent (1933-2009). Elle est ornée de cinq illustrations par lesquelles l’artiste « essaye de traduire la douleur de l'amant de la morte en découpant les six lettres composant le prénom de celle-ci. Lettre après lettre, LENORE disparaît inéluctablement et, les encarts noirs, par leur répétition funèbre, rythment le livre comme autant d'échos endeuillés aux "jamais plus !" du désolant volatil ».

Cet exemplaire imprimé sur papier vélin porte le numéro 112 sur un tirage de 125. Il mesure 17 x 17 cm pour une épaisseur de 2 cm.

La subjectivité contrôlée

Pour cet ouvrage aux illustrations et à la mise en pages modernes, le relieur Isabelle Rollet a fait le choix d’utiliser une technique de reliure contemporaine nommée reliure à mors ouvert.

Ce montage, inspiré d’un procédé de la Renaissance, présente un aspect physique qui ne ressemble en rien à une reliure traditionnelle. Les rubans en tissu, habituellement cachés sous la peau qui recouvre la couverture sur sa globalité, sont ici en cuir et passent sur la couverture prenant ainsi pleinement part au décor. D’autre part le dos du livre n’étant pas arrondi, les mors (angles dans lesquels viennent se loger les cartons) sont inexistants laissant place à un espace vide entre le dos et les plats de la couverture.

Trois finitions sont possibles pour la réalisation d’une reliure à mors ouvert. Celle exécutée ici est la plus luxueuse ; une peau recouvre la page de garde recto, entoure le dos afin d'en cacher les cahiers puis vient recouvrir la page de garde verso.

Deux peaux de buffles Oregon posées bord à bord se partagent les plats ainsi que les contre gardes à l’intérieur du livre.

Le décor mêle deux techniques. La première, celle de la mosaïque, est utilisée en reliure à partir du XXe siècle. Elle consiste à apposer sur la couverture une fine couche de cuir pour créer un motif décoratif. La seconde est le transfert d’une image sur le cuir à l’aide d’une solution chimique.

L’organisation du décor, que les plats soient fermés ou ouverts pour former un tout, est une symétrie bancale suggérant la mise en déséquilibre, l’intranquillité.

La composition s’organise autour d’une cible symbolisant autant la mise en joue du narrateur par son destin auquel il ne peut se soustraire que ses souvenirs macabres devenant son unique ligne de mire. La cible paraît en mouvement tel un radar qui veille ou une horloge indiquant le temps qui passe. Enfin l’angoisse d’oppression ressentie par le narrateur est évoquée par les deux bandes noires latérales se resserrant à la façon des mâchoires d’un étau.

La citation de Fernand Léger prend, au sujet de cette reliure, toute sa signification. Elle permet d’affirmer que plus qu’un artisanat, la reliure est bien un art dont la subjectivité contrôlée par le créateur s’adresse à la subjectivité du lecteur.

Cette réalisation fut présentée à l'exposition du Xe Forum International de la Reliure d'Art à la bibliothèque Biekorf de Bruges en Belgique du 26 mai au 7 juillet 2011 puis à l’exposition Reliures XVe-XXIe siècle à la Médiathèque de Roanne du 20 septembre au 29 novembre 2014.

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